Constructeur ou équipementier ? Quelle stratégie devrais-je adopter pour ma future société ?

Le chercheur d’or n’est pas toujours celui qui gagne à la fin…

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Lorsque l’on crée une entreprise doit-on se positionner comme « constructeur », quitte à être un précurseur ou bien comme « équipementier » et fournir des biens et/ou des services pour les « constructeurs » ?

Si la question peut paraître simple, la réponse est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît… et dépend de nombreux facteurs, dont le degré de maturité du secteur d’activité dans lequel vous vous lancez.

Une petite histoire vraie devrait nous aider à comprendre…

La ruée vers l’or et le mythe du chercheur d’or

En 1874, trois chercheurs Arthur Harper (un immigrant irlandais), Al Mayo et Jack McQuesten (tous deux américains) vont être les artisans de ce qui deviendra quelques années plus tard la fabuleuse ruée vers l’or. Convaincus que l’or est là, mais n’ayant pas de moyens financiers ad hoc à leur disposition nos trois compères démarrent leur carrière en devenant commerçants. Pendant 20 ans, ils vont être les promoteurs de la communauté des chercheurs d’or (aujourd’hui on les appellerait des community managers).

En 1896, ce sont pas moins de 1600 chercheurs d’or qui sont présents dans le bassin du Yukon ! Certains trouvent des filons importants et le bruit se répand comme une trainée de poudre.

Cette même année, partout dans le monde des dizaines de milliers de personnes mettent le cap sur le Klondike dans l’espoir d’y trouver fortune et gloire !

La ruée vers l'or du Klondike

Mais tous ne vont pas se lancer dans la recherche du précieux métal, ils vont profiter de l’effet de bord généré par l’augmentation soudaine de la population…

L’afflux continu de gens déborde complètement les infrastructures (in)existantes des lieux, la police montée à cheval oblige les futurs chercheurs d’or à posséder assez de victuailles pour qu’un homme puisse subsister pendant une année… et les routes ne sont en fait que des sentiers obstrués par la glace, la neige,et les avalanches.

Pendant que certains trimaient 24 heures sur 24 en retournant chaque once de terrain à la recherche du précieux métal jaune et que d’autres, toujours plus nombreux, arrivaient, un gigantesque écosystème économique se développait… Des commerces en tous genres arrivaient en masse : vendeurs de matériel de forage, épiceries, maréchaux-ferrants, shérif, lieux de culte, saloons, lieux de plaisir, etc…

Plus les gens affluaient, plus l’infrastructure se développait… La population de Dawson City, l’épicentre de la ruée vers l’or, passera en deux ans de 500 habitants à 30.000.

Pendant que certains se retrouvaient complètement ruinés faute d’avoir trouvé le Graal (moins ils trouvaient d’or, plus ils achetaient de matériel de forage espérant ainsi extraire ce qui ne se voyait pas), d’autres devinrent riches, très riches en revendant du matériel aux chercheurs d’or.

L’annonce de la découverte d’or en Alaska, à Nome, marquera un tournant décisif dans la politique expansionniste de la ruée vers l’or. En quelques mois, la population Dawson City reviendra à son état initial et la bulle économique s’effondrera aussi rapidement qu’elle s’était créée.

Certains irréductibles continuèrent contre vents et marée, mais 1906 marqua la fin de la ruée vers l’or dans cette région.

Le bilan

Si l’on divisait de façon égale les 29 millions de dollars d’or extrait sur la période faste de 1896 à 1899 (soit environ 440 millions de nos dollars actuels), par le nombre de chercheurs d’or qui ont participé à la ruée vers l’or pendant cette même période… cela ne rembourserait pas ce que chacun a investi à titre individuel, en matière de temps et d’argent, pour arriver dans le Klondike.

Les élus ne furent pas ceux que l’on imaginait au départ, en fait ce sont les « équipementiers » qui firent réellement fortune ici !

La morale de l’histoire

Cette petite histoire est applicable à une grande majorité de business existants :

  • Un marché s’annonce prometteur, du moins sur le papier ;
  • Des chercheurs d’or affluent, ils partent tête baissée en quête du sacro-saint Graal et se copient plus ou moins les uns les autres ;
  • Un écosystème se crée autour des chercheurs d’or ;
  • Le marché n’est pas si prometteur ou bien se sature très vite, mais les chercheurs d’or s’entêtent à persévérer et ne pivotent pas.

De la masse des chercheurs d’or très peu arriveront à faire fortune, la grande majorité repartira encore plus pauvre… mais les équipementiers, tous ces fabricants d’outils et de matériel, bien qu’ayant peu de visibilité et des marges différentes s’en sortent beaucoup mieux.

Au final, parfois il est plus intéressant sur le moyen et long terme d’adopter une stratégie de l’équipementier, plutôt que celle du constructeur…